À Fort-de-France, la jeune créatrice martiniquaise Keycia Virapin explore les liens entre mémoire, matière et savoir-faire. Tout juste diplômée du Campus Caribéen des Arts, où elle a étudié pendant cinq ans, elle développe un univers mêlant travail du métal et transformation de végétaux.
Le coutelas comme objet de mémoire
Dans les ateliers de l’école, l’artiste a choisi de forger des coutelas, l’un des thèmes de son projet de fin d’études. Pour les réaliser, elle associe notamment le cuivre et le laiton grâce à un brasage à l’argent, une technique de soudure entre métaux différents.
« L’idée de faire un coutelas m’est venue par rapport à mon grand-père, qui était une personnalité importante au sein de la communauté indo-martiniquaise. »
Ce choix renvoie à l’histoire de ses grands-parents venus de l’Inde. Keycia Virapin explique vouloir faire revivre le souvenir de son grand-père, qui sacrifiait les animaux lors de cérémonies et occupait une place importante dans la communauté indo-martiniquaise. Le coutelas devient ainsi un support de transmission d’une histoire qu’elle estime avoir été invisibilisée.
Des fleurs transformées en papier
Son travail porte aussi sur une matière qu’elle a mise au point à partir de fleurs et de plantes. Elle utilise notamment des pétales d’hibiscus et des feuilles de bananier, associés à du papier journal afin de former une feuille plus solide.
- Pétales d’hibiscus mixés avec du papier journal ;
- Feuille de bananier utilisée comme matière végétale ;
- Formule personnelle destinée à renforcer le papier obtenu.
La créatrice souligne les différences entre les végétaux. L’hibiscus libère une substance gluante lorsqu’il est broyé, ce qui facilite son association avec le papier journal. La feuille de bananier verte, elle, ne possède pas le même apport naturel. Keycia Virapin a donc élaboré une formule pour associer les éléments et solidifier le résultat.
Le support obtenu est parfumé et peut servir à écrire. Après cette formation au Campus Caribéen des Arts, la diplômée poursuit ainsi une recherche personnelle où les matériaux du quotidien, les plantes et les objets symboliques deviennent des moyens de raconter la Martinique et ses héritages.