Une loi encore suspendue à ses textes d’application
Le dispositif destiné à réduire le coût de la construction outre-mer n’est pas encore opérationnel. Adoptée le 13 juin 2025, la loi portée par la sénatrice socialiste réunionnaise Audrey Bélim permet, sous certaines conditions, d’utiliser des matériaux fabriqués localement ou provenant du bassin régional sans marquage européen CE.
Cette possibilité doit être encadrée par deux instances, les comités référentiels construction dédiés respectivement aux territoires des Antilles-Guyane et de l’océan Indien. Seize mois après l’adoption de la loi, les décrets nécessaires à son application n’ont toutefois pas encore été publiés. Le cabinet de Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, indique que l’avis du Conseil d’État est imminent.
« Chaque administration tend à surjouer son rôle » et on « s’abîme dans des jeux de rôle », déplore Hervé Mariton.
Le président de la Fédération des entreprises des outre-mer (Fedom), Hervé Mariton, attribue ce délai à la lourdeur des concertations et à l’instabilité ministérielle. Audrey Bélim évoque désormais une entrée en vigueur possible au début de 2027.
Un logement neuf plus coûteux qu’en Hexagone
Selon CDC Habitat, le coût de revient d’un logement neuf dans les territoires ultramarins a augmenté de 30 % depuis 2020. Il se situe désormais entre 190 000 et 240 000 euros, contre 175 000 euros dans l’Hexagone. À Mayotte, ce montant aurait doublé sur la même période évoquée par l’organisme.
| Élément | Donnée publiée |
|---|---|
| Hausse du coût depuis 2020 | 30 % |
| Coût d’un logement neuf outre-mer | 190 000 à 240 000 € |
| Référence dans l’Hexagone | 175 000 € |
| Surcoût des matériaux à La Réunion relevé en 2018 | 39 % |
L’Autorité de la concurrence avait notamment relevé en 2018 un surcoût de 39 % sur les matériaux à La Réunion. Le prix d’une tonne de ciment y atteignait alors 210 euros, contre 90 euros à l’île Maurice.
La Guyane face à la question des importations
En Guyane, la Collectivité territoriale cible trois produits provenant du Brésil ou du Suriname : le carrelage, le béton cellulaire et le PVC. La mise en œuvre du dispositif pourrait donc modifier les possibilités d’approvisionnement dans ces filières.
- Les matériaux concernés devront relever du référentiel applicable aux Antilles-Guyane ;
- leur utilisation restera liée à la validation prévue par les comités référentiels construction ;
- les professionnels interrogés soulignent le rôle déterminant des assureurs dans l’acceptation de ces produits.
La Fedom met aussi en garde contre un affaiblissement de la production locale. En Guyane, un dirigeant du secteur de la construction, cité anonymement, affirme qu’il privilégierait ses fournisseurs locaux même si des achats moins coûteux devenaient possibles au Suriname. Lauric Sophie, secrétaire général de la Fédération régionale, estime de son côté que les assurances conditionneront l’utilisation effective de matériaux dépourvus de marquage CE.