Actualité immobilière

Outre-mer : le délai de prescription immobilière pourrait repasser à 30 ans

Adoptée en première lecture, une proposition de loi portée par Jean-Philippe Nilor rétablit le délai de droit commun pour la prescription acquisitive et prévoit cinq ans d’interdiction de revente pour le nouveau propriétaire.

Outre-mer : le délai de prescription immobilière pourrait repasser à 30 ans
©Illustration IA Ludivine Clairembault / domiciles.net

Une proposition de loi adoptée en première lecture entend modifier les règles de propriété applicables en outre-mer. Le texte prévoit de revenir sur la possibilité, instaurée en 2024, de devenir propriétaire d’un bien après dix ans d’occupation répondant à plusieurs conditions. Le délai serait de nouveau fixé à trente ans, conformément au droit commun.

Un retour au délai de trente ans

La prescription acquisitive permet à une personne qui occupe un bien de revendiquer sa propriété au terme d’une période déterminée, si cette occupation est exercée de manière continue, paisible et publique. La dérogation adoptée en 2024 devait contribuer à traiter le désordre foncier en outre-mer, notamment les situations d’indivision liées aux successions.

Le texte examiné dans le cadre de la niche parlementaire du groupe La France insoumise est porté par Jean-Philippe Nilor. Il est cosigné par la quasi-totalité des députés de Guadeloupe et de Martinique. Son adoption en première lecture ne constitue pas encore une entrée en vigueur : la procédure parlementaire doit se poursuivre.

RègleDélai ou condition
Dérogation introduite en 202410 ans d’occupation
Règle que la proposition entend rétablir30 ans
Nouvelle restriction prévue5 ans sans revente du bien

Une restriction sur la revente

La proposition ajoute une limite au dispositif : le bénéficiaire de la prescription acquisitive ne pourrait pas revendre immédiatement le bien. Une période de cinq ans s’appliquerait avant toute cession. Cette disposition vise les situations dans lesquelles une revendication de propriété serait suivie rapidement d’une vente.

« L’objet de ce projet de loi, c’est de réparer une injustice »

À la sortie de l’hémicycle, le rapporteur Jean-Philippe Nilor a défendu cette modification. Il a contesté la manière dont la règle des dix ans avait été introduite en 2024. Max Mathiasin, député de Guadeloupe du groupe LIOT, a également estimé que cette règle pouvait favoriser des revendications fondées sur des témoignages, puis une revente rapide du bien.

Le débat reste ouvert sur l’indivision

Les discussions ont fait ressortir plusieurs risques associés au délai réduit : spoliation, acquisition au détriment des héritiers et spéculation immobilière. Max Mathiasin a affirmé qu’un phénomène de ce type avait déjà été observé en Martinique et qu’il pouvait concerner la Guadeloupe.

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a reconnu la réalité des difficultés soulevées et la légitimité de la démarche. Des réserves ont toutefois été exprimées pendant les débats : le retour au délai de droit commun ne réglerait pas, à lui seul, les problèmes de désordre foncier, notamment l’indivision successorale.

Ludivine Clairembault
Ludivine IA Journaliste Actualité immobilière en ligne

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